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Eglise de Portet sur Garonne

Visite guidée

       A l'extérieur de l'église, il y a plusieurs choses à ne pas manquer :

       Le parvis actuel était jusqu’à la fin du XIXème siècle occupé par le cimetière, et une allée menait de l'entrée de la place (là où se  trouve actuellement la statue de la Vierge érigée en souvenir de la Mission du Père Antoine en 1866) à l'entrée de l'église. Le  portail était « caché » sous un porche.

L’église est donc faite de cet appareillage de brique et de pierre en alternance que vous retrouvez sur beaucoup d’églises  de notre secteur : il est commun à tout le sud toulousain, (Pinsaguel, notamment a le même). Il est attribuable à la période  romane, qui persiste dans notre région jusqu'au début du XIIIème siècle, c'est-à-dire au Bas Moyen-Age ! Oui, cette église a des  fondements romans.

 

      En 1340 d'importants travaux sont effectués sur le bâtiment qui était plus court, plus bas (allez voir l’ancien niveau en contournant l'angle du clocher à votre droite), et pas tout à fait dans cet axe. Rallongée, rehaussée, l'église devient de style  ogival, dit aussi gothique.

     Le clocher-mur (ajouré pour accueillir les cloches, autre point commun des églises du sud toulousain) et le portail ont été refait autour de 1550. Au sommet de ce portait trône Saint Martin, statue moderne, mais le petit personnage tendant les bras vers lui sur un socle feuillagé est bien, lui, du XVIème siècle. Il s'agit bien sûr du pauvre à qui le Saint a donné une part de son manteau et compris plus tard que c'était le Christ lui-même. Observez aussi les chapiteaux à feuillage, les décors du pinacle (la bordure du sommet triangulaire), les têtes humaines entre les colonnettes de briques. Peut-être s'agit-il des compagnons de Jésus, comme  dans les ébrasements d'une cathédrale gothique ; remarquez notamment Sainte Marie-Madeleine complètement à votre droite, reconnaissable à ses cheveux détachés, sans voile, puisqu'elle avait essuyé les pieds du Christ avec.  

Avant de rentrer dans le bâtiment, on peut dire à Saint Martin ces deux prières adressées par celui-ci au Seigneur à la fin de sa  vie

     « Seigneur, s'il le faut, garde-moi en vie, car je ne refuse pas le labeur. »

« Seigneur, en voilà assez de batailles que j'ai livrées pour toi, Je voudrais mon congé. Mais si tu veux que je serve encore sous  ton étendard, j'oublierai mon grand âge »

       A l'intérieur de l'église devant le porche, admirez cette vue d'ensemble :

       C’est un plan basilical, c'est-à-dire en un seul grand espace : la nef est spacieuse, éclairée par des grandes fenêtres entourées de peintures en trompe-l’œil, et surmontée de voutes à croisée d'ogives (d'où le terme ogival pour le style gothique) elles-mêmes peintes d'arabesques fantastiques en blanc sur fond d'azur. Elles encadrent les médaillons des saints dont le nom est inscrit en  latin.

     Observez en particulier les « petites gens » dans la première section, au-dessus de l'orgue :

      Isidore (IXème siècle), domestique espagnol très pieux dans un domaine agricole (il prenait sur son temps de sommeil pour  prier ; son maître, craignant que ce soit au détriment du travail, vint surveiller et vit les bœufs continuer de travailler tous seuls !)

      Gaudéric (lXème siècle), paysan fervent qui, lors d'un orage qui risquait de compromettre la récolte, se mit à prier ; les nuages se dissipèrent, il devint le Saint patron des agriculteurs et du diocèse de Perpignan.

      Blandine, servante martyre au IIème siècle à Lyon.

      Germaine (XVIIème siècle), servante de sa belle-mère à Pibrac. Elle est toujours représentée avec des fleurs en souvenir d'un jour où sa marâtre la soupçonna de voler du pain. Ce sont des fleurs qui sortirent de son tablier en hiver.

       La section suivante regroupe des Rois Saints : Edouard d'Angleterre au Xème siècle, Louis IX au XIIIème, Clothilde, la femme de  Clovis au Vème siècle, et Elizabeth de Hongrie au XIIIème.

Face à l'entrée, se trouve un grand tableau de la Cène et surtout juste au-dessus la signature des trompe-l’œil : une inscription  latine dit en effet ce temple est peint et orné par A. BACH année 1833 » (la date est cachée par ledit tableau). Ce peintre était  un père jésuite, il a aussi réalisé ici les grands et petits cartouches portant des inscriptions latines rappelant la sainteté du lieu en citant des passages de la Bible. Par exemple, au-dessus de la Cène, il est écrit : « Celui qui a sa demeure dans le ciel veille lui-même sur ces lieux et les protègent : ceux qui s'en approchent avec des intentions mauvaises, Il les frappe et les fait périr. » (Livre des Macchabées). Au-dessus du porche intérieur, on peut lire : « Celui qui profanera le temple de Dieu, Dieu le dispersera. Le temple de Dieu est saint, et c'est vous » (1ere lettre aux Corinthiens de Saint Paul). Au sommet de chaque vitrail le long de la nef, Bach a repris également des extraits du Livre Saint : on retiendra surtout : « Quam terribilis est locus iste », qui se traduit  par : « Que ce lieu inspire la crainte ». Et aussi : « Quam dilecta tabernacula tua domine virtutum » c’est-à-dire : « De quel amour sont aimées tes demeures, Seigneur. »

      Les vitraux sont du XIXème siècle pour la partie droite (quand on regarde vers l'autel), et d'après la seconde Guerre mondiale  pour ceux de gauche (en effet, les anciens ont été soufflés par des bombardements). Arrêtons-nous un instant devant ces chefs d'œuvre.

      A droite, ils sont tous de Louis-Victor Gesta (qui en signe un au moins, au pied de Saint Bernard). C’est un artiste verrier qui tient une des plus grandes manufactures de vitraux peints à Toulouse au XIXème siècle. En tout premier, les Saints Pierre et Paul  tiennent respectivement et traditionnellement des clés et l'épée. Les verrières de ce côté portent des inscriptions mentionnant leurs donateurs, ici la famille Rougon en 1875, M. Rougon lui-même est représenté sur son lit de mort. Les saints sont inscrits ici dans une structure architecturale semblable à la tendance de cette époque si l'on examine l’évolution des styles du vitrail en France.

       Face à eux, en vitrail nettement plus récent et reconnaissable aux couleurs beaucoup plus vives et au dessin, se trouve Sainte Elizabeth de Hongrie. Elle vécut au XIIème siècle, se consacra à Dieu après son veuvage à 22 ans, ainsi qu'aux pauvres et malades les plus repoussants (voyez la créature qui se trouve sur le vitrait avec elle). La couronne évoque sa naissance royale et son mariage avec le Roi de Thuringe. A sa ceinture, elle porte la cordelette monastique.

     L’ouverture suivante, à sa droite, présente Marie, seule, avec la colombe du Saint Esprit, deux anges, une église et le serpent (référence à Marie, nouvelle Eve).

       Face à elle, on reconnaît ensemble Marie et joseph.

      A leur gauche, Saint Jean l'évangéliste, avec son monogramme au-dessus : un S et un J entrelacés.

     En face de lui, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, puis Elie, le prophète, avec un corbeau qui lui amène du pain comme il est raconté dans le livre des Rois.

     A nouveau à droite de la nef, Saint Bernard est reconnaissable à son habit monastique cistercien, infatigable fondateur d'abbayes (343 en Europe), voyageur et prédicateur (croisades) mort en 1153.

     Saint Remi figure sur la verrière suivante avec la fleur de lys et la cathédrale, qui rappellent sa fonction de responsable du  couronnement des rois de France, sa crosse d’évêque et la tiare.

      Et enfin face à lui, Le Christ, avec son cœur sacré, montre ses stigmates.

      Poursuivons l'examen du plafond, les sections d'ogives du milieu représentent les Pères de l'Eglise d'une part, et les martyrs  d’autre part (Sernin ou Saturnin, IIIème siècle ; Etienne, tout premier martyr après la mort de Jésus ; Cécile, romaine au IIIème  siècle ; et Catherine d'Alexandrie, IVème).

       Au plafond du Chœur, on voit dans les médaillons Martin, protecteur de cette église, et Jean-Baptiste, Marie-Madeleine et Saint Etienne, contemporains et proches de Jésus. Sur les arcs, on compte 8 apôtres, les trois restants sont Pierre, Jean et Matthieu, non reproduits car déjà peints au-dessus des vitraux. Il y a aussi Joseph face à ta Vierge et Pierre face à Paul.

     Vous pouvez voir aussi de part et d’autre des vitraux du chœur des trophées : ce sont des bas-reliefs en trompe-l'œil  symbolisant par leurs attributs des personnages religieux. C'était très commun au XIXème siècle dans l’ornementation des églises, par exemple près de chez nous à Pinsaguel (vraiment sculptés), au Lherm... Ils vont par paires : Le Christ, représenté par  la Passion et ses attributs ; et l’autorité papale et ecclésiastique (crosse, tiare, chapeau de cardinal...).

     Il faut bien reconnaître que toutes les peintures donnent un relief indéniable aux murs en imitant la sculpture, qui sinon  donnerait à l'édifice un aspect triste.

     Bien sûr, la visite ne serait pas complète sans l'examen du grand retable et de ses acolytes. Les deux petits autels latéraux sont surmontés d'un ensemble sculpté avec Marie et Jésus enfant, à gauche, l'autel porte l'inscription IHS (iesu hominum sauver) et  Marie enfant avec Sainte Anne sa mère, les lettres MRA figurent sur le devant de l’autel, pour MARIA.

      Ils vont bien sûr tous deux avec le grand ensemble central qui cache presque complètement le mur oriental de l'église. Il est en bois peint bleu et doré, date du XVIIIème siècle et a été réalisé initialement non pas pour notre église mais pour celle des  Clarisses de Toulouse. En effet, leur couvent de la porte Saint Cyprien ayant été abandonné en 1792 dans la tourmente révolutionnaire le curé jureur et l’officier municipal de Portet chargèrent un compagnon marbrier de récupérer certaines choses en juillet 1793. C’est un curieux spécimen de l’art demi-espagnol dont le luxe polychrome se retrouve dans de nombreuses  églises du Midi ; il compte 26 figures disposées en 3 paries séparées par 4 colonnes dorées cannelées et surmontées de 4 anges portant les instruments de la Passion (une échelle, une lance, un bâton avec une éponge au bout). Le Père éternel trône au  sommet, en peinture, sortant des nuées. En-dessus, on devine l’Assomption de la Vierge, et plus bas, c’est la Mort de Sainte Claire qui est représentée : ta sainte est entourée de frères et sœurs de sa communauté et de celle de Saint François son éternel ami. Elle est morte en 1253 après avoir fait fuir avec un ostensoir les sarrasins qui assiégeaient la ville, et 2 jours après que le  Pape Innocent IV ait approuvé et amené la Bulle approuvant la pauvreté de l'Ordre des Clarisses qu'elle avait fondé. La tête de  mort aux pieds des pleurants est un symbole de vanité dans la peinture du XVIIIème siècle.

     Les statues de Saint François à gauche, reconnaissable à sa robe de bure et la cordelette monastique à nœuds, de Sainte Claire à  droite, avec l'ostensoir, son symbole en iconographie.

     Au-dessus du retable, la grande gloire peinte en trompe-l'œil joue avec la lumière de l'oculus (l'ouverture ronde qui est derrière) et les parties vraiment sculptées en bois dorées (rayons et anges sont parfois en relief, parfois peints, à charge pour le  visiteur de chercher la limite, tout comme la multitude de têtes d'anges disséminées sur le retable).

      Les fonds baptismaux, dans la partie gauche du chœur sont en plomb et datent du XVIIIème siècle.

Fin

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